Journal d’une Dominatrice
- nounousady
- 22 janv.
- 31 min de lecture

Chroniques des demandes les plus folles du BDSM
Avertissement de l'auteur
Les récits présentés dans cet ouvrage sont inspirés de faits réels. Les identités, les contextes précis et certains détails ont été volontairement modifiés afin de préserver l’anonymat et la vie privée des personnes concernées.
Ce livre n’est ni un guide, ni un manuel, ni une incitation. Il s’agit d’un témoignage humain, psychologique et sociologique, offrant un regard intérieur sur un univers souvent fantasmé, caricaturé ou mal compris.
PARTIE I- ENTRER DANS LA QUATRIÈME DIMENSION
1. Préface - Bienvenue dans la quatrième dimension
On pense souvent que le BDSM est un univers sombre, provocant, marginal, parfois inquiétant. On l’imagine rempli de cuir, de fouets, de cris, de jeux de pouvoir spectaculaires, d’excès et de transgressions. On le fantasme comme un théâtre permanent où la sexualité serait reine et la morale suspendue.
La réalité est bien différente.
Car derrière les images, les clichés et les fantasmes collectifs, se cache surtout une immense humanité. Une humanité fragile. Complexe. Contradictoire. Souvent perdue.
Ce livre n’est ni un manuel de domination, ni un guide pratique du BDSM, ni un récit érotique. Il ne cherche pas à exciter. Il ne cherche pas à provoquer. Il ne cherche pas à choquer.
Il cherche à montrer.
À montrer ce que l’on ne voit jamais. À raconter ce que personne ne raconte. À exposer les coulisses psychologiques d’un univers qui fascine autant qu’il dérange.
Depuis plusieurs années, je reçois chaque jour des dizaines de messages. Des confidences. Des demandes. Des fantasmes. Des maladresses. Des cris silencieux. Des détresses déguisées en jeux.
Et à force d’accumuler ces fragments d’humanité, une évidence s’est imposée : Le BDSM n’est pas un monde de perversion. C’est un monde de compensation.
Un refuge mental. Un espace de décompression. Un exutoire émotionnel. Un terrain d’exploration intérieure.
Les personnes qui me contactent ne cherchent pas seulement à être dominées. Elles cherchent à respirer. À lâcher. À déposer ce qu’elles portent trop lourdement. À échapper, l’espace d’un instant, à leurs rôles sociaux, leurs responsabilités, leurs injonctions, leurs pressions.
Dans ce livre, vous n’entrerez pas dans un donjon. Vous entrerez dans des têtes.
Des têtes fatiguées. Des têtes perdues. Des têtes en quête de sens. Des têtes pleines de désirs contradictoires.
Bienvenue dans la quatrième dimension. Celle où le réel dépasse largement la fiction.
2. Ce que l’on fantasme
Lorsqu’on prononce le mot « dominatrice », une image très précise surgit immédiatement dans l’imaginaire collectif.
Une femme froide. Autoritaire. Inaccessible. Cruelle. Toute-puissante.
Talons vertigineux. Tenue de cuir. Regard sévère. Gestes tranchants. Silence pesant.
La dominatrice est souvent fantasmée comme une créature presque mythologique. Une figure irréelle, née d’un mélange de cinéma, de pornographie, de littérature érotique et de fantasmes masculins.
Dans cet imaginaire, elle incarne :
– la femme fatale – la mère sévère – la maîtresse toute-puissante – la déesse inaccessible – la punition incarnée
Elle serait sans faille. Sans doute. Sans émotion. Sans fragilité.
Une machine à dominer.
Ce fantasme est extrêmement puissant. Il structure une grande partie des attentes. Il façonne les projections. Il nourrit les désirs.
Beaucoup m’écrivent en s’adressant non pas à une femme, mais à un rôle. Une fonction fantasmée. Un archétype.
Ils ne me parlent pas. Ils parlent de leur image mentale.
Ils projettent :
– leurs manques – leurs frustrations – leurs fantasmes – leurs blessures – leurs attentes
Dans ce théâtre imaginaire, la dominatrice est supposée tout savoir. Tout comprendre. Tout accepter. Tout encaisser.
Elle serait une sorte de prêtresse du chaos, capable d’absorber les pulsions humaines sans jamais vaciller.
Mais ce fantasme se heurte très vite à la réalité.
Car derrière le rôle, il y a une personne. Avec ses limites. Ses émotions. Son discernement. Sa responsabilité.
Et c’est précisément là que le contraste devient fascinant.
3. Ce que je vois vraiment
Ce que je vois, ce ne sont pas des fantasmes parfaitement formulés. Ce sont des brouillons d’âmes.
Des messages écrits à la va-vite, tard dans la nuit. Des confidences envoyées dans un élan d’urgence émotionnelle. Des phrases maladroites, parfois chaotiques, souvent maladroitement sincères.
Je vois :
– des hommes épuisés par leur rôle social – des cadres supérieurs écrasés par la pression – des solitaires rongés par le manque de contact – des personnes en quête de repères – des individus fragiles cherchant des limites
Je vois surtout une immense solitude.
Car derrière la sexualité, derrière la domination, derrière les fantasmes, se cache très souvent un besoin beaucoup plus simple : -être vu.
Être reconnu. Être entendu. Être considéré.
Les messages que je reçois ne parlent pas seulement de désir. Ils parlent de fatigue. De solitude. De la frustration. De vide intérieur.
Beaucoup de ces personnes vivent dans une société où l’on doit être performant, fort, stable, efficace, responsable. Où l’on ne montre pas ses failles. Où l’on ne parle pas de ses manques. Où l’on étouffe ses fragilités.
Alors elles viennent ici. Dans cet espace étrange. À la frontière du jeu, du fantasme et de la thérapie sauvage.
Elles déposent leurs masques. Leurs rôles sociaux. Leurs identités officielles.
Et ce qu’elles révèlent est souvent bouleversant.
Je vois des projections délirantes. Des attentes irréalistes. Des fantasmes mal compris. Des demandes absurdes. Des confusions totales entre domination, violence, humiliation et autodestruction.
Je vois surtout un immense besoin de cadre.
Car contrairement aux idées reçues, la plupart ne cherchent pas la liberté absolue. Ils cherchent des limites. Des règles. Un contenant.
Le chaos intérieur appelle l’ordre extérieur.
4. Ce métier qui n’existe pas
Être dominatrice aujourd’hui, c’est exercer un métier que personne ne reconnaît réellement.
Ce n’est pas une profession officielle. Ce n’est pas un statut clair. Ce n’est pas une fonction socialement admise.
C’est un rôle flottant, coincé entre fantasme, tabou, jugement moral et fascination silencieuse.
On en parle peu. On en parle mal. On en parle souvent avec mépris ou ironie.
La dominatrice est soit :
– sexualisée – caricaturée – diabolisée – fétichisée
Rarement respectée.
Dans l’imaginaire collectif, elle n’est pas une professionnelle. C' est un fantasme ambulant.
Ce qui entraîne une immense solitude.
Car ce métier, s’il peut sembler spectaculaire, est avant tout profondément solitaire.
Il implique :
– une écoute constante – une responsabilité psychologique énorme – une vigilance permanente – un tri incessant – une charge mentale lourde
Chaque message doit être évalué. Chaque demande est analysée. Chaque fantasme est décodé. Chaque limite est posée avec fermeté.
On ne joue pas seulement avec des corps. On joue avec des équilibres mentaux.
Et cela impose une rigueur que peu soupçonnent.
Il faut savoir :
– dire non – refuser – cadrer – contenir – protéger
Parfois contre la personne elle-même.
La dominatrice n’est pas celle qui pousse toujours plus loin. C’est celle qui sait s’arrêter.
Et cette posture crée un isolement particulier.
Car on ne partage pas facilement ce que l’on reçoit. On ne raconte pas librement les détresses que l’on croise. On ne se confie pas aisément sur ce que l’on porte.
Alors on encaisse. On absorbe. On trie. On digère.
Et on avance.
Dans une société qui glorifie la performance et la réussite, ce rôle reste marginal, incompris, souvent jugé. Pourtant, il révèle une chose essentielle : le malaise profond de notre époque.
Clôture de la Partie I
Cette première partie n’est pas là pour séduire. Elle est là pour poser un cadre.
Vous n’êtes pas entré dans un livre érotique. Vous êtes entré dans une enquête humaine.
Car ce que vous allez lire dans les pages suivantes ne parle pas tant de domination que de condition humaine.
De solitude. De la quête de sens. De fatigue mentale. De pression sociale. De désir de lâcher prise.
Bienvenue dans l’envers du décor.
PARTIE II - L’ABSURDE HUMAIN
(Chroniques du grand n’importe quoi parfaitement assumé)
Chapitre 1- L’homme au bocal
« Est-ce que vous pourriez péter dans un bocal et me l’envoyer ? »
Je relis. Je fixe le mur. Je relis encore.
Non.
Ce n’est pas une métaphore. Ce n’est pas un code secret. Ce n’est pas un jeu de mots douteux réservé à une confrérie obscure.
C’est une demande. Simple. Directe. Fonctionnelle.
Un bocal. Un pet. Un envoi postal.
Dans cet ordre précis.
À ce moment exact, le cerveau déclenche ce que j’appelle le protocole de sauvegarde mentale. Une procédure automatique destinée à éviter la surchauffe neuronale face à une absurdité trop brutale.
Il relit. Il décortique. Il analyse. Il cherche la blague cachée. Le second degré. Le sarcasme mal placé. Le pari stupide entre amis.
Mais rien.
Tout est sérieux. Sincères. Presque professionnel.
Il existe bel et bien, quelque part sur cette planète, un homme parfaitement adulte, fonctionnel, probablement intégré socialement, qui a pris le temps de réfléchir, de formuler, puis d’envoyer cette phrase en toute conviction.
Et cette simple pensée suffit à faire vaciller la perception que l’on peut avoir de l’humanité.
Dans ma tête, des questions très concrètes surgissent, malgré moi :
– Taille du bocal ? – Verre ou plastique ? – Couvercle hermétique ou simple vissage artisanal ? – Emballage renforcé ? – Envoi standard ou express ? – Lettre suivie ou recommandé avec accusé de réception ?
Car quitte à sombrer dans l’absurde, autant le faire avec méthode, sérieux et rigueur logistique.
Je me surprends à imaginer toute la chaîne de production.
Le choix du contenant. La sélection minutieuse du bocal idéal, ni trop grand, ni trop petit, afin d’optimiser la concentration aromatique. La préparation du colis. Le conditionnement. L’étiquetage.
Puis le transport. Le passage en centre de tri. Le convoyeur. Le livreur.
Et enfin, quelque part, un homme recevant son paquet.
Je le vois ouvrir délicatement le carton. Sortir le bocal avec précaution. Le poser devant lui. Le contempler quelques secondes.
Moment solennel.
Puis dévisser lentement le couvercle. Approcher son visage. Inspirer profondément.
Recueillement. Silence. Connexion spirituelle.
À ce stade, on ne parle plus de fantasme. On est dans une performance artistique conceptuelle, quelque part entre l’art contemporain, le théâtre absurde et le rituel chamanique olfactif.
C’est dans ce genre de moment que l’on comprend que l’imagination humaine n’a strictement aucune limite théorique. Et que certaines frontières n’existent que pour être méthodiquement franchies par des pionniers très particuliers.
Ce message m’a longtemps fait rire. Puis réfléchir. Puis encore rire.
Car derrière cette demande grotesque se cache quelque chose de profondément humain.
Le fétichisme, dans sa forme la plus pure, n’est pas rationnel. Il ne s’explique pas. Il surgit. Il s’impose. Il existe.
On peut le trouver absurde. On peut le juger ridicule. On peut s’en moquer.
Mais on ne peut pas nier sa sincérité.
Cet homme ne cherchait pas à choquer. Il ne cherchait pas à provoquer. Il ne cherchait pas à faire rire.
Il cherchait quelque chose de très précis, de très intime, de très personnel, que lui seul pouvait comprendre pleinement.
Et c’est précisément ce qui rend la scène à la fois hilarante et fascinante.
Car ce type de demande agit comme un miroir déformant de notre société : Plus les normes sont rigides, plus l’imaginaire s’échappe dans des directions improbables.
L’absurde devient une soupape. Un exutoire. Un espace de liberté clandestin.
À travers ce simple bocal, on entrevoit toute la créativité du désir humain, capable de se déployer dans les territoires les plus inattendus.
Ce jour-là, j’ai compris une chose essentielle : le BDSM, le fétichisme, les fantasmes, ne sont pas des mondes sombres.
Ce sont des terrains d’exploration mentale.
Des laboratoires étranges où l’esprit humain tente de se réapproprier ses pulsions, ses manques, ses curiosités, ses étrangetés.
Et parfois, cela donne… un bocal.
Un simple bocal.
Chapitre 2 - Le pénis mode bricolage
« On ne m’a jamais décalotté. Je crois que c’est collé. Il faudrait forcer. Vous pourriez regarder ? »
Je relis. Je cligne des yeux. Je relis encore.
Non.
Ce n’est pas une blague. Ce n’est pas une métaphore. Ce n’est pas un message ironique mal formulé.
C’est une demande sincère.
Quarante ans. Quarante ans.
À ce stade, on ne parle plus d’ignorance passagère, ni même de retard éducatif. On parle d’un véritable bug système.
Un dysfonctionnement structurel dans la construction basique de la connaissance corporelle.
Il ne demandait pas une domination. Il ne cherchait pas une humiliation. Il ne voulait pas de séance.
Il voulait un diagnostic.
Une expertise. Un avis professionnel. Une validation technique.
Comme si j’étais devenue, par une étrange magie, le service après-vente officiel de l’anatomie masculine.
Dans ma tête, plusieurs options se livrent une bataille féroce :
– Répondre en dominatrice – Répondre en médecin – Répondre en prof de SVT niveau CE2 – Lui envoyer un lien Wikipédia – Lui recommander un spécialiste – Ou faire semblant que ce message n’a jamais existé
Car il existe des instants où la réalité dépasse tellement la fiction que même l’imagination renonce.
Ce qui rendait la situation encore plus absurde, c’était le ton du message. Calme. Sérieux. Posé. Presque clinique.
Aucune gêne. Aucune hésitation. Aucun recul.
Comme s’il demandait simplement son chemin dans la rue.
On comprend alors que certains adultes avancent dans la vie avec des zones d’ombre absolument spectaculaires. Des angles morts éducatifs gigantesques. Des silences familiaux si profonds qu’ils finissent par produire des situations surréalistes.
Et parfois, ces zones surgissent brutalement dans la messagerie d’une dominatrice, sans prévenir, à sept heures du matin.
À ce moment précis, tu réalises que ton rôle déborde largement de la domination. Tu deviens, malgré toi :
– consultante existentielle – psychologue de fortune – assistante éducative tardive – service technique d’urgence corporelle
Je suis restée un long moment à fixer l’écran, me demandant à quel instant précis ma trajectoire de vie avait bifurqué vers ce genre de situation.
À quel carrefour j’avais raté le panneau :
Attention — Zone de maintenance humaine imprévue.
Ce message, aussi absurde soit-il, portait pourtant quelque chose de profondément révélateur : le rapport catastrophique que beaucoup entretiennent avec leur propre corps.
Ignorance. Honte. Silence. Tabou.
Tout ce qui n’est pas expliqué devient un mystère. Tout ce mystère devient inquiétant. Et ce qui inquiète finit souvent par se transformer en angoisse.
Alors on demande. N’importe où. À n’importe qui. Même à une dominatrice.
Car dans ce monde étrange du fantasme, la dominatrice devient parfois une figure hybride : entre autorité, rassurance, expertise et présence contenante.
Un rôle que personne n’a vraiment choisi, mais que certains endossent malgré eux.
Ce jour-là, j’ai compris que le BDSM n’était pas seulement un espace de transgression. C’était aussi un espace de rattrapage éducatif.
Et parfois, franchement, ça dépasse largement le cadre prévu.
Chapitre 3 - Celui qui voulait que je lui choisisse sa femme
« Je n’arrive pas à aimer. Vous pourriez choisir ma femme pour moi ? »
Cette phrase m’a glacée.
Pas parce qu’elle était choquante. Pas parce qu’elle était absurde. Mais parce qu’elle contenait une fatigue immense.
Une lassitude existentielle. Un épuisement émotionnel. Une démission intérieure.
Il ne cherchait pas une domination. Il ne cherchait pas une humiliation. Il ne cherchait pas une excitation.
Il cherchait à disparaître du processus.
Renoncer au choix. Renoncer au désir. Renoncer à la responsabilité émotionnelle.
Déléguer l’intime.
Comme si aimer était devenu trop lourd. Trop complexe. Trop risqué.
Comme si le simple fait de devoir ressentir, choisir, espérer, se tromper, recommencer, était devenu un fardeau insupportable.
Dans sa demande, il n’y avait pas de fantasme. Il n’y avait pas de perversion. Il n’y avait pas de transgression.
Il y avait un homme fatigué.
Fatigué d’échouer. Fatigué de douter. Fatigué de ne pas comprendre ses propres élans. Fatigué de ne pas ressentir ce qu’il pensait devoir ressentir.
Il ne disait pas : je veux être dominé. Il disait : je ne veux plus porter ce poids-là.
Car choisir une personne à aimer, c’est accepter la possibilité de se tromper. C’est accepter l’échec. C’est accepter la perte. C’est accepter la douleur.
Et pour certains, ce risque devient insupportable.
Ce type de message révèle une chose troublante : la peur contemporaine du lien.
Nous vivons dans une société où tout est optimisable. Rentable. Efficace. Mesurable.
Mais l’amour ne l’est pas.
On ne peut pas le prévoir. On ne peut pas le planifier. On ne peut pas le garantir.
Et cette incertitude effraie profondément.
Alors certains cherchent à transformer l’amour en procédure. En protocole. En décision externalisée.
Comme s’il existait quelque part une formule mathématique du couple réussi.
Il voulait que quelqu’un décide à sa place. Même en amour.
Comme si l’acte d’aimer pouvait devenir une tâche administrative. Comme si le choix du cœur pouvait être sous-traité.
Ce message m’a longtemps habitée.
Parce qu’il révélait une solitude émotionnelle immense.
Un désert intérieur.
Il ne disait pas : je veux aimer. Il disait : je ne sais plus comment on fait.
Derrière cette demande étrange se cachait une incapacité à se connecter à ses propres émotions. À les lire. À les comprendre. À les écouter.
Et ce vide-là est l’un des plus douloureux qui soit.
Ne pas savoir ce que l’on ressent. Ne pas savoir ce que l’on veut. Ne pas savoir ce qui nous touche.
Errer dans une neutralité affective permanente.
Ce n’est pas une absence de désir. C’est une perte de repères émotionnels.
Je lui ai répondu longuement.
Pas en dominatrice. Pas en autorité. Mais en être humain.
Je lui ai expliqué que personne ne pouvait choisir l’amour à sa place. Que le risque faisait partie intégrante du lien. Que la douleur était parfois le prix de la sincérité.
Et surtout, que l’amour n’était pas une compétence à maîtriser, mais une expérience à traverser.
Il m’a répondu simplement :
« J’aimerais juste que ce soit plus simple. »
Cette phrase m’a brisée.
Parce qu’elle résume parfaitement l’état psychique de beaucoup.
Nous sommes fatigués de la complexité. Fatigués des émotions. Fatigués des relations. Fatigués de nous-mêmes.
Alors nous cherchons des raccourcis.
Des solutions clés en main. Des décisions pré-mâchées. Des cadres rassurants.
Même dans l’amour.
Ce jour-là, j’ai compris que certaines personnes ne cherchent pas la domination. Elles cherchent la décharge.
Décharger quelqu’un d’autre de la responsabilité de vivre.
Ce désir-là est l’un des plus bouleversants que j’aie rencontrés.
Chapitre 4 - Le contrôle 24/7… à la carte
« Je veux être contrôlé en permanence. Mais uniquement quand je suis disponible. »
Tout est là.
Le fantasme du contrôle. Mais sans la contrainte.
La soumission. Mais sans perte réelle de liberté.
La domination. Mais sans l’inconfort.
Une domination sur mesure, ajustable, modulable, rétractable. Une sorte de domination premium, avec option pause, bouton mute et mode avion.
Le fantasme ultime : Se sentir soumis… uniquement quand ça ne dérange pas.
Car dans l’imaginaire de certains, la domination doit rester confortable. Elle ne doit jamais perturber le quotidien. Jamais interférer avec le travail. Jamais gêner la vie sociale. Jamais provoquer de véritable inconfort.
Elle doit être intense, mais brève. Forte, mais contrôlable. Présente, mais désactivable.
En clair : une domination Netflix. À la demande. Sans engagement réel.
Ce type de message revient étonnamment souvent.
« Je veux être contrôlé 24/7, mais seulement quand je suis seul. » « Je veux obéir à tout moment, sauf quand j’ai une réunion. » « Je veux perdre le contrôle, mais pas quand j’ai des obligations. » « Je veux être totalement soumis, mais uniquement quand ça m’arrange. »
À ce stade, on ne parle plus de soumission. On parle de fantaisie de soumission.
La différence est fondamentale.
La soumission implique une perte partielle de maîtrise. Une vraie mise en jeu. Un inconfort réel. Un déplacement de pouvoir.
Le fantasme de soumission, lui, permet de garder la main sur le bouton d’arrêt d’urgence.
C’est une domination sans risque. Sans engagement. Sans conséquences.
Une sorte de théâtre mental où l’on joue à perdre le contrôle tout en restant fermement installé dans son siège de pilote.
Ce paradoxe est fascinant.
Car les mêmes personnes expliquent souvent qu’elles sont épuisées par le contrôle permanent qu’elles exercent sur leur vie.
Travail. Famille. Responsabilités. Image sociale.
Tout est cadré. Tout est contrôlé. Tout est maîtrisé.
Et pourtant, quand il s’agit de lâcher prise pour de vrai, le mental résiste.
Il veut bien jouer à abandonner. Mais pas vraiment abandonner.
Il veut bien s’incliner. Mais garder la télécommande.
Il veut bien obéir. Mais uniquement dans des créneaux horaires compatibles avec son agenda.
Ce type de demande révèle un conflit intérieur profond.
D’un côté, le désir intense de lâcher prise. De l’autre, la peur panique de perdre réellement le contrôle.
Car lâcher prise, ce n’est pas seulement agréable. C’est aussi angoissant.
C’est renoncer à la maîtrise. C’est accepter la dépendance. C’est faire confiance. C’est s’exposer.
Et pour beaucoup, cela est bien plus effrayant que séduisant.
Alors ils bricolent une domination hybride. Un compromis psychique.
Un pied dans l’abandon. Un pied dans la sécurité.
Une soumission modulable, réglable comme un thermostat émotionnel.
Dans ces messages, on ressent souvent une immense fatigue mentale.
Des hommes responsables. Performants. Structurés. Organisés.
Habitués à tout gérer.
Le fantasme du 24/7 les attire, car il promet une disparition totale de la charge mentale.
Mais dans le même temps, leur structure psychique refuse l’abandon total.
Alors ils tentent de concilier l’inconciliable.
Être soumis. Mais rester maître de l’agenda.
Obéir. Mais décider quand.
Se livrer. Mais conserver la sortie de secours.
Ce chapitre pourrait être résumé ainsi :
Ils veulent la sensation de la chute, mais pas la hauteur.
Ils veulent la sensation de la perte, mais pas le risque.
Ils veulent le vertige, mais avec un harnais.
Cette contradiction est presque touchante.
Car elle montre à quel point notre époque est obsédée par le contrôle.
Même dans la soumission, Nous voulons garder la main.
Même dans l’abandon, Nous exigeons la sécurité.
Même dans la transgression, Nous recherchons le confort.
La domination devient alors un produit consommable. À la carte. À la minute. À l’usage.
Il m’est arrivé de répondre à ce type de demande par une simple question :
« Êtes-vous sûr de vouloir être soumis… ou souhaitez-vous seulement ressentir l’illusion de la soumission ? »
La plupart ne savent pas répondre.
Car ce qu’ils cherchent réellement n’est pas toujours clair, même pour eux.
Ils veulent ressentir quelque chose. N’importe quoi. Quelque chose de fort. De différent. De déstabilisant.
Mais sans remettre en cause l’équilibre fragile de leur vie.
Ce fantasme du contrôle à la carte raconte beaucoup sur notre société.
Une société où tout doit être modulable. Flexible. Adaptable. Personnalisable.
Même l’abandon doit devenir ergonomique.
Nous vivons dans un monde où la liberté est devenue une injonction permanente.
Alors perdre le contrôle devient à la fois un rêve et une terreur.
Nous voulons nous libérer, mais nous avons peur de tomber.
Nous voulons lâcher prise, mais nous craignons de ne plus savoir nous rattraper.
Ce chapitre n’est pas une moquerie.
C' est un miroir.
Car derrière cette demande paradoxale se cache une immense fatigue intérieure.
Une génération d’hommes épuisés par la pression sociale, professionnelle et émotionnelle.
Des individus qui rêvent de déposer leur armure, mais ne savent plus comment.
Alors ils bricolent. Ils tentent. Ils imaginent. Ils projettent.
Et parfois, ils écrivent :
« Je veux être contrôlé en permanence. Mais uniquement quand je suis disponible. »
Ce jour-là, j’ai compris que le fantasme n’est pas toujours un désir clair.
C' est souvent une tentative maladroite de réparation intérieure.
Un appel à l’ordre. À la structure. À la perte de responsabilité. À la paix mentale.
Mais la vraie soumission, comme la vraie liberté, demande du courage.
PARTIE III — LE MALAISE
(Quand le fantasme devient un cri)
Chapitre 5 - L’homme à la voiture
« Est-ce que vous pourriez me rouler dessus en voiture ? Pas trop vite. Juste assez pour sentir le poids. »
Il existe des phrases qui ne provoquent ni rire, ni choc, ni indignation immédiate.
Elles provoquent autre chose.
Un froid lent, diffus, qui s’installe dans le ventre.
Parce qu’elles déplacent brutalement les limites du jeu. Parce qu’elles font basculer le fantasme dans le territoire du danger réel.
Se faire rouler dessus n’est pas un jeu. Ce n’est pas un fantasme extrême. C’est une mise en danger mortelle.
Et pourtant, pour cet homme, cela semblait logique.
Comme si la douleur extrême était devenue le seul moyen de ressentir quelque chose.
Ce message marque une frontière très nette : celle entre le BDSM et l’autodestruction.
Le BDSM joue avec les limites. L’autodestruction cherche à les pulvériser.
Derrière cette demande, il n’y avait pas de recherche de plaisir. Il y avait un vide. Un besoin violent de sensation. Une détresse muette.
Quand quelqu’un en arrive à souhaiter sa propre mise en danger, ce n’est plus de désir qu’il faut parler. C’est d’épuisement psychique.
Je me souviens très précisément de l’instant où j’ai lu ce message.
Le téléphone dans la main. Le silence autour. Et cette phrase, suspendue dans l’espace, comme une anomalie.
Je n’ai pas ressenti de peur. Ni même de choc.
J’ai ressenti une immense lassitude.
Car ce type de demande raconte quelque chose de bien plus vaste qu’un simple fantasme.
Il raconte la fatigue d’exister.
Dans le BDSM, la douleur est parfois utilisée comme outil. Un moyen de couper le flux mental. D’interrompre la rumination. De faire taire l’angoisse.
Mais ici, on ne parle plus d’un outil. On parle d’un ultime recours.
Quand la tête n’en peut plus, quand les émotions sont anesthésiées, quand le quotidien devient gris, mécanique, sans relief,
Le corps réclame un choc.
Quelque chose d’assez intense pour percer la carapace.
Pour certains, cela passe par le sport extrême. Pour d’autres, par la vitesse. Par l’alcool. Par les drogues. Par les comportements à risque.
Et parfois, par la douleur extrême.
Non pas pour souffrir, mais pour ressentir.
Ce message ne parlait pas de domination.
Il parlait d’un besoin désespéré d’existence.
De ce moment précis où l’on préfère ressentir une douleur insupportable plutôt que de ne plus rien ressentir du tout.
Car le véritable cauchemar n’est pas la souffrance.
C’est le vide.
Chez certaines personnes, la douleur devient un interrupteur.
Elle ramène brutalement dans le corps. Elle coupe la dissociation. Elle force la présence.
Elle devient une preuve d’existence.
« Je souffre, donc je suis. »
Quand l’existence devient trop abstraite, trop mécanique, trop vide, la douleur devient un ancrage.
Mais ce mécanisme est dangereux.
Car il pousse à une escalade.
Ce qui a fait effet hier ne suffit plus aujourd’hui. Il faut être plus fort. Plus intense. Plus radical.
Jusqu’à ce que la frontière entre recherche de sensation et pulsion de mort devient floue.
Ce message, plus que tout autre, m’a rappelé la responsabilité immense de ce rôle.
Car derrière chaque fantasme se cache un équilibre psychique fragile.
Et parfois, une fissure.
Le rôle d’une dominatrice ne consiste pas à satisfaire toutes les demandes.
Il consiste à protéger.
Protéger contre l’illusion. Protéger contre l’escalade. Protéger contre les passages à l’acte irréversibles.
Dire non devient alors un acte de soin.
Je n’ai pas cherché à comprendre davantage. Je n’ai pas posé de questions. Je n’ai pas engagé de dialogue.
Ma réponse fut brève.
Claire. Nette. Froide.
Non.
Il n’y avait rien à négocier.
Certaines lignes ne se discutent pas.
Mais ce message est resté longtemps dans ma tête.
Parce qu’il posait une question vertigineuse :
À quel moment une vie devient-elle si lourde que l’on préfère risquer de la perdre plutôt que de la continuer ainsi ?
Dans une société qui glorifie la réussite, la performance, la stabilité, la maîtrise, peu d’espace est laissé à la fragilité.
Les hommes, en particulier, sont sommés d’être solides. Responsables. Fiables. Endurants.
Ils portent. Ils encaissent. Ils serrent les dents.
Jusqu’à ce que quelque chose cède.
Et parfois, ce sont ces messages qui trahissent la fissure.
Ce chapitre n’est pas là pour choquer.
Il est là pour rappeler que derrière certains fantasmes se cache une souffrance bien réelle.
Que le BDSM, s’il peut être un espace de jeu et de libération, devient parfois un refuge pour les âmes fatiguées.
Et que sans cadre, sans limites, sans discernement, il peut aussi devenir un terrain dangereux.
Chapitre 6 - L’homme au cercueil
« J’aimerais être enterré vivant, quelques minutes. Juste pour sentir. »
Ce message-là m’a glacée.
Parce qu’il ne contenait aucune excitation. Aucune provocation. Aucune mise en scène.
Seulement une curiosité sombre.
Pas un fantasme sexuel. Pas une recherche d’humiliation. Pas un jeu de domination.
Une expérience.
Brute. Radicale. Frontale.
Être enterré vivant, c’est convoquer les peurs les plus archaïques de l’humanité.
L’enfermement. L’étouffement. L’abandon. La disparition.
Avant même que le cerveau n’ait le temps d’analyser, le corps panique.
Le souffle s’accélère. Le cœur cogne. Les muscles se tendent. La pensée se disloque.
C’est une peur primitive, inscrite dans la chair bien avant toute construction sociale.
Même quelques secondes suffisent à déclencher des crises de panique violentes, des pertes de contrôle, parfois même des évanouissements.
Ce fantasme-là ne joue pas avec la peur. Il joue avec la mort.
Ce qui m’a le plus troublée, ce n’était pas la demande.
C’était son ton.
Calme. Posé. Presque clinique.
Comme s’il demandait à tester une sensation inconnue. Comme s’il voulait simplement savoir.
« Juste pour sentir. »
Ces quatre mots contenaient une gravité immense.
Ils ne parlaient ni de plaisir, ni d’excitation, ni même de transgression.
Ils parlaient d’existence.
Dans ce message, il n’y avait pas de désir sexuel.
Il y avait une quête existentielle.
Toucher la frontière. Frôler l’anéantissement. S’approcher du néant sans y tomber.
Comme si la vie était devenue trop plate, trop mécanique, trop lisse.
Comme si seule la proximité de la mort pouvait encore provoquer une émotion véritable.
Certaines personnes vivent dans un tel état d’anesthésie émotionnelle qu’elles finissent par chercher la secousse ultime.
Un choc suffisamment fort pour réveiller le corps. Pour réveiller l’âme. Pour réveiller le sentiment d’être vivant.
La peur devient alors une drogue.
Car la peur est une émotion totale. Elle envahit tout. Elle écrase le mental. Elle impose une présence immédiate.
Quand tout devient flou, abstrait, monotone, la peur ramène brutalement dans l’instant.
Ce message révélait un paradoxe fascinant :
Pour se sentir vivant, il voulait flirter avec la mort.
Pour ressentir quelque chose, il voulait se confronter à la disparition.
Ce n’était pas un fantasme. C’était une expérience limite.
Une tentative désespérée de renouer avec l’intensité.
Dans ces instants-là, on comprend que certains êtres humains ne cherchent plus le plaisir.
Ils cherchent la sensation pure.
Ils veulent ressentir quelque chose, n’importe quoi.
Même la peur. Même la panique. Même angoisse.
Plutôt que ce vide intérieur qui grignote lentement. Ce message m’a longtemps hantée.
Parce qu’il posait une question vertigineuse :
À quel moment la vie devient-elle si fade que l’on a besoin de s’approcher de la mort pour se sentir exister ?
Dans une société où tout est sécurisé, rationalisé, contrôlé, programmé, certains esprits étouffent.
La routine devient une prison invisible.
Les jours s’enchaînent. Les gestes se répètent. Les émotions s’aplatissent.
Et alors naît ce désir étrange de rupture radicale.
Un moment hors du temps. Un choc. Un basculement.
Ce fantasme ne cherchait pas la domination.
Il cherchait la frontière.
La limite ultime.
Le point où le corps comprend soudain qu’il est vivant.
Ma réponse fut immédiate.
Claire. Ferme. Sans appel.
Non.
Car certaines expériences ne relèvent pas du jeu. Elles relèvent du danger vital.
Et dans ce rôle, la responsabilité est immense. Être dominatrice, ce n’est pas seulement accompagner des fantasmes. C’est savoir reconnaître les signaux d’alarme.
C’est poser des barrières quand la personne elle-même ne parvient plus à le faire.
C’est refuser quand le désir devient destructeur.
Longtemps après avoir lu ce message, une pensée persistait :
Et s’il tentait réellement de le faire un jour ?
Et s’il cherchait ailleurs ce que je refusais ici ?
C’est dans ces moments-là que l’on mesure le poids invisible de cette position.
Car derrière chaque message, il y a une vie.
Un équilibre fragile.
Une solitude parfois abyssale.
Chapitre 7- Le cardinal et la ligne rouge
Il y a des messages que l’on ouvre machinalement. D’autres qui interpellent. Et puis, parfois, il y a ceux qui figent le temps pendant quelques secondes.
Ce jour-là, le nom affiché dans ma messagerie ne ressemblait à aucun autre. Un titre. Une fonction. Un statut.
Un cardinal.
Oui. Un véritable cardinal.
Pas un pseudo. Pas un fantasme de domination religieuse. Pas un jeu de rôle douteux.
Un homme d’Église, haut placé, représentant d’une institution millénaire, symbole d’autorité morale, de spiritualité, de foi et de renoncement.
Et pourtant… il écrivait à une dominatrice.
Le contraste était presque violent.
D’un côté : La soutane. Les prières. La retenue. La chasteté. Le silence. La contemplation.
De l’autre : Le BDSM. Le contrôle. La chair. Le désir. La transgression. L’abandon.
Deux mondes que tout semble opposer. Et pourtant, ils venaient de se rencontrer dans une simple boîte mail.
Son message était court. Sobre. Mesuré. D’une politesse irréprochable.
Pas de demande explicite. Pas de fantasme détaillé. Pas d’excitation déplacée.
Seulement une phrase qui résonnait lourdement :
“Je ressens depuis longtemps une lutte intérieure entre ce que je suis censé être et ce que je ressens profondément.”
Tout était là.
Le poids du rôle. La pression du statut. L’écrasement de l’individu sous la fonction.
On fantasme souvent le pouvoir comme une liberté absolue.
Mais dans certaines sphères, le pouvoir est une cage dorée. Plus on monte dans la hiérarchie, plus les barreaux deviennent invisibles… et solides.
Pour cet homme, chaque geste était observé. Chaque parole pesait. Chaque déplacement est contrôlé.
Plus d’espace pour l’erreur. Plus de droit à l’humanité. Plus de place pour le doute.
Et pourtant, comme tous les êtres humains, il portait en lui : – des désirs – des tensions – des frustrations – une quête d’abandon
Son message ne parlait pas vraiment de sexe. Il parlait de fatigue intérieure.
De ce poids constant d’incarner un symbole. D’être un pilier. Un guide. Une figure morale.
Mais jamais un homme.
Dans ses mots, il y avait ce besoin profond de tomber le masque, ne serait-ce qu’un instant. De ne plus être celui que l’on regarde. Mais celui qui obéit. Celui qui s’abandonne. Celui qui cesse de décider.
Dans certains cas, la domination n’est pas une quête de douleur. Ni même une recherche d’excitation.
C’est un renversement de position existentielle.
Quand on passe sa vie à guider, diriger, porter les autres, on rêve parfois secrètement de devenir celui qui se laisse porter.
Ce cardinal ne cherchait pas une expérience sulfureuse. Il cherchait un endroit où il n’avait plus à être un modèle.
Pourtant, malgré la profondeur de son message, une limite s’imposait d’elle-même.
Il ne s’agissait pas de morale. Ni de jugement.
Mais de responsabilité.
Car certaines rencontres ne peuvent pas exister sans créer un séisme intérieur irréversible.
Et certaines lignes, une fois franchies, ne peuvent plus être redessinées.
Je lui ai répondu avec respect. Avec humanité. Avec sincérité.
Mais aussi avec fermeté.
Ce qui frappe dans ce genre de situation, ce n’est pas le fantasme.
C’est le silence.
Le silence dans lequel vivent certaines personnes. L’isolement émotionnel absolu. L’impossibilité de se confier sans risquer l’effondrement de toute une identité sociale.
Ce cardinal n’était pas un homme en quête de vice. C’était un homme en quête d’air.
Cette anecdote est sans doute l’une des plus marquantes de mon parcours.
Parce qu’elle illustre parfaitement une vérité dérangeante :
Le désir n’épargne personne. La frustration ne connaît pas de statut. Le besoin de lâcher prise traverse toutes les couches sociales.
Même les plus sacrées.
Dans l’imaginaire collectif, la religion représente la pureté, la retenue, le renoncement.
Le BDSM incarne la transgression, le corps, l’intensité, la perte de contrôle. Et pourtant, au cœur de ces deux mondes, se trouve la même quête :
Le sens. L'apaisement intérieur. La paix avec soi-même.
Il n’y eut jamais de rendez-vous. Jamais de scène. Jamais de concrétisation.
Mais ce message demeure, gravé dans ma mémoire comme l’un des plus troublants. Car il rappelle que, derrière chaque fonction, chaque costume, chaque titre, il y a un être humain fragile, complexe, tiraillé.
Et c’est peut-être ça, le vrai pouvoir
Non pas dominer les autres. Mais comprendre leurs failles sans les exploiter.
Chapitre 8 - Le professeur qui voulait souffrir… et consommer



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